Vers un déblocage des dossiers d’adoption d’enfants roumains

Premier séminaire intergouvernemental franco-roumain à Bucarest : soutien de l’adhésion de la Roumanie à l’UE et moisson de contrats pour les entreprises françaises

mardi 19 octobre 2004

Le Premier ministre français, M. Jean-Pierre Raffarin a effectué le dimanche 17 et le lundi 18 octobre 2004 à Bucarest une visite officielle, qui avait pour premier objectif de réaffirmer le soutien de la France à l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne.

M. Raffarin était accompagné par six autres membres du gouvernement français : MM. Gilles de Robien, ministre de l’équipement, des transports, de l’aménagement du territoire, du tourisme et de la mer ; François Loos, ministre délégué au commerce extérieur ; Jean-François Copé, ministre délégué à l’intérieur ; Xavier Darcos, ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie ; Eric Woerth, secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat ; Frédéric de Saint-Sernin, secrétaire d’Etat à l’aménagement du territoire), ainsi que par plusieurs parlementaires (dont M. le sénateur Henri Revol, co-président du Forum franco-roumain de personnalités), plusieurs hommes d’affaires et plusieurs universitaires.

Le Premier ministre a eu, dimanche 17 octobre, un entretien bilatéral avec son homologue roumain et a été reçu en audience par le président Ion Iliescu, qui lui a remis à cette occasion la Grand-Croix de l’ordre national de l’Etoile de Roumanie. Il a été reçu au Palais du Parlement par les présidents du Sénat et de la Chambre des députés et a déposé une gerbe au pied du monument au soldat inconnu roumain (Parc Carol), pendant que le ministre Gilles de Robien déposait une gerbe au nom de M. Raffarin au monument aux soldats français morts en Roumanie (Parc Cismigiu).

Dans le cadre d’une réception qu’il a offert dimanche soir à la Résidence de France, M. Raffarin a rencontré la communauté française en Roumanie. Il a rencontré, de manière informelle, des dirigeants de l’opposition et a eu un entretien, le lendemain, avec le maire de Bucarest, Traian Basescu, candidat à l’élection présidentielle roumaine du 28 novembre.

A l’issue de son séjour, il s’est entretenu avec des étudiants et de jeunes créateurs d’entreprise roumains francophones, à l’Académie des Sciences économiques.

Le lundi 18 octobre, le Premier ministre français a co-présidé avec son homologue roumain, M. Adrian Nastase, le premier Séminaire intergouvernemental franco-roumain, dont les travaux ont réuni les représentants du gouvernement français et leurs homologues roumains dans le cadre de deux groupes consacrés d’une part à l’organisation de l’Etat (réforme de l’administration publique et de la justice, coopération décentralisée…), d’autre part au développement des échanges économiques ainsi qu’aux infrastructures. Les deux premiers ministres ont signé une prise de participation à hauteur d’un tiers du capital de Gaz de France dans la compagnie roumaine Distrigaz Sud, soit un investissement de l’ordre de 150 millions d’euros pour le groupe public français. Alcatel a signé un contrat de 60 millions d’euros portant sur des équipements de signalisation auprès des chemins de fer roumains. Le groupe de BTP Vinci a signé pour sa part un contrat de 480 millions d’euros pour la construction d’un tronçon d’autoroute.

Vers un déblocage des dossiers d’adoption d’enfants roumains

M. Raffarin a obtenu par ailleurs la création d’une commission internationale afin d’examiner les dossiers d’adoptions internationales d’enfants roumains bloqués par un moratoire roumain depuis 2001. Des centaines de dossiers – dont 130 déposés par des Français, parmi lesquels 30 très douloureux, selon Matignon – sont gelés alors que les parents adoptifs ont noué des contacts avec les enfants. “Nous sommes très sensibles à la douleur des familles. J’ai vu des hommes et des femmes déchirés par cette rupture”, a expliqué M. Raffarin.

M. Nastase a rappelé que la Roumanie avait décidé ce moratoire sur les adoptions internationales parce qu’elle était devenue un “point d’intérêt” pour les trafics d’enfants. Il a concédé toutefois qu’il demeurait des “situations délicates” et qu’il fallait les “résoudre d’une manière humanitaire”.

Les travaux de la commission, qui devrait voir le jour dans les prochaines semaines et examiner les dossiers avant la fin 2004, seront supervivés par une organisation internationale “respectée” du type Unicef, a-t-on expliqué dans l’entourage de M. Raffarin.

Soutien à l’adhésion de la Roumanie à l’Union Européenne

Au cours de cette rencontre, la France a une nouvelle fois manifesté son soutien à la Roumanie qui s’est engagée dans un processus complexe de réformes pour pouvoir entrer dans l’Union européenne en janvier 2007. “La France est aux côtés de la Roumanie (…) Nous pensons qu’il est possible d’obtenir la fin des négociations d’adhésion en décembre et la signature du traité d’adhésion au début 2005”, a martelé M. Raffarin lors d’une conférence de presse avec son homologue Adrian Nastase.

Paris, qui a déjà envoyé des conseillers à Bucarest pour aider à la modernisation du système judiciaire roumain, va ainsi renforcer sa coopération technique dans le domaine de la réforme de l’Etat et des infrastructures, a-t-on indiqué dans l’entourage de M. Raffarin.

Le 6 octobre, la Commission européenne a maintenu l’objectif d’une adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’UE au 1er janvier 2007. Elle s’est toutefois montrée prudent sur la possibilité de conclure les négociations d’adhésion avec Bucarest d’ici la fin de l’année. L’adhésion des deux pays pourrait en être retardée d’un an, à janvier 2008, s’ils ne sont pas prêts à temps, Bruxelles jugeant notamment que la corruption reste trop répandue en Roumanie. Une fois dans l’UE, la Roumanie, pays très francophile, constituera un allié privilégié pour la France à l’est de l’Europe. “Dans une Europe à 27, aucun pays ne peut prétendre avoir à lui seul de l’influence. Il faut dégager des alliances, construire des partenariats”, a souligné M. Raffarin.

Un contrat de 480 millions d’euros pour le groupe Vinci

Vinci a signé à cette occasion un accord pour la réalisation d’un tronçon d’autoroute dans les Carpates roumaines, sous réserve du processus de ratification gouvernemental et de mise en place du financement, a déclaré lundi 18 octobre le président du groupe de BTP français.

Il s’agit d’un contrat de type “partenariat public-privé” dont le montant atteint 480 millions d’euros, hors financement et exploitation, a précisé Antoine Zacharias, lors de la signature de ce contrat, en présence de Jean-Pierre Raffarin, en visite officielle en Roumanie, et de son homologue roumain Adrian Nastase. “Cela s’inscrit exactement dans le coeur de notre volonté actuelle de développer au sein de Vinci la partie concession afin d’apporter plus de solidité aux résultats d’Europe centrale et orientale où Vinci réalise déjà un milliard d’euros de chiffre d’affaires par an”, a déclaré Antoine Zacharias à la presse. Le premier coup de pioche sera donné fin 2005, a précisé pour sa part David Azéma, directeur général de Vinci Concessions. Le contrat porte sur la conception, la construction, le financement, l’exploitation et la maintenance d’un tronçon de 36 kilomètres d’autoroutes entre Comarnic et Predeal. La durée du partenariat est de 30 ans, dont cinq ans d’études et de travaux et 25 ans d’exploitation. Le tracé du projet, situé dans une zone montagneuse très touristique, compte 37 ponts et quatre tunnels. Il permettra le développement du trafic autoroutier au Nord de Bucarest.

D’après le service de presse de l’Ambassade de France à Bucarest et des dépêches d’AP, AFP et Reuters.