La conseillère du centre d’adoption faisait du trafic de bébés

Date: 2004-04-20

Les policiers malgaches ont démantelé un réseau de trafiquants d’enfants en arrêtant une vieille dame chez qui ils ont découvert 11 bébés destinés à l’adoption à l’étranger, faux papiers à l’appui. Cette Malgache septuagénaire travaillait comme conseillère dans un centre d’adoption et se faisait passer pour la grand-mère des enfants. Elle a été placée sous mandat de dépôt à Antananarivo avec troi autres personnes.

Quatre autres personnes ont été interrogées et laissées <!–tableau des liens connexes –>en liberté, dont la directrice d’un centre agréé pour les adoptions internationales, situé en banlieue, a précisé à l’AFP le commissaire Albert Rakotondravao. „Nous souhaitons aller vite car il y a énormément de vols d’enfants qui nous sont signalés“, a-t-il ajouté. La police des moeurs et des mineurs a enregistré 37 disparitions d’enfants en janvier dernier dans la capitale malgache, 28 en février et 35 en mars.

Au total 281 enfants malgaches ont été adoptés par des Français en 2002, selon le site internet de la Mission à l’adoption internationale (MAI) du ministère français des Affaires étrangères. „Onze bébés, dont le plus âgé a neuf mois, ont été retrouvés le 6 avril au domicile d’une grand-mère dans la périphérie d’Antananarivo, alors que les faux papiers préparant leur adoption étaient en cours de confection“, a expliqué le commissaire.

„La vieille dame disait qu’ils étaient tous ses petits-fils, mais l’enquête a montré que c’était faux. En fait, elle travaillait avec des intermédiaires dont le travail est de démarcher des filles célibataires enceintes. Ces intermédiaires leur proposent de les aider à accoucher, à condition qu’elles laissent leur enfant en échange d’un peu d’argent“, a-t-il précisé.

Pour brouiller les pistes, la soi-disant grand-mère, connue sous le nom de Mama Lydia, „établissait un nouvel acte de naissance avec une fausse mère, à l’aide de complices dans le corps médical et à l’état civil“, a-t-il indiqué. „Il ne restait plus à la fausse mère qu’à établir le document de consentement à l’adoption, pièce administrative indispensable pour l’adoption internationale“, a-t-il poursuivi.

„Ce trafic rapportait 800 euros, dont 500 pour le centre et 300 pour la vieille dame, selon ses dires“, a-t-il encore déclaré. Mama Lydia était en fait la conseillère juridique du centre Ketsa („Jeune pousse de riz“, en malgache), installé en grande banlieue. La directrice de Ketsa, Lys Rasoazanatompo, entendue par un juge et laissée en liberté provisoire, a fait part de sa stupéfaction.

„Mama Lydia travaillait bien, vite, et j’avais toute confiance en elle“, a-t-elle déclaré à l’AFP. „Maintenant j’ai peur qu’elle ait travaillé derrière mon dos et au nom du centre“, a-t-elle ajouté. La septuagénaire est arrivée à Ketsa en juin 2003 quand Madagascar a instauré l’agrément obligatoire pour les centres proposant des enfants à l’adoption à l’étranger. Elle était conseillère juridique d’un autre centre, qui n’avait pas demandé l’agrément, et a apporté à Ketsa plusieurs dossiers d’enfants adoptables, a expliqué Mme Rasoazanatompo.

Mama Lydia venait de boucler deux dossiers d’adoption pour deux couples français à qui elle avait promis de trouver un enfant dans son emploi précédent, a encore raconté la directrice de Ketsa. „Mama Lydia a trouvé les deux enfants. Elle m’a présenté les parents biologiques, qui acceptaient l’adoption, tout avait l’air de bien coller“, a-t-elle expliqué.

Un dossier complet, chez Ketsa, coûte aux parents adoptifs un forfait de 2.800 euros, „frais de pension compris“, a encore indiqué Mme Rasoazanatompo. Ce type de service coûte de 1.500 à 6.000 euros d’un centre à l’autre dans la capitale malgache – où on compte 17 centres agréés – et où le salaire minimum mensuel est de l’ordre de 30 euros.